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"Science sans conscience

n’est que ruine de l’âme …"

François Rabelais


 

Pour une école du plaisir

 

d’apprendre et de coopérer.

Contre une école des grilles

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Jeudi 11 avril 2013 4 11 /04 /Avr /2013 10:08

 Ne plus passer pour des illuminés !

3 avril 2013 posté par Bernard Collot

http://www.questionsdeclasses.org/?Ne-plus-passer-pour-des-illumineshttp://www.questionsdeclasses.org/

(…) Quand l’environnement proche (les collègues) tend à nous marginaliser davantage on se pose des questions sur ce qu’il faudrait réformer. Il faut que l’institution mette en avant nos pratiques pour que l’on ne passe pas pour de simples illuminés... » - Cyriaque Bessard (1)

Voilà un sujet recouvert d’une chape de plomb : les rapports entre les enseignants traditionnels et les enseignants engagés dans des pédagogies différentes. Officiellement, tout baigne : la sacro-sainte liberté pédagogique.

On peut comprendre la perplexité des parents quand ils se trouvent confrontés à laisser leurs enfants dans une classe où la pédagogie est radicalement différente de ce qui se fait partout ailleurs. Qui croire ? Qui croire quand dans la même école, manifestement la présence d’un « illuminé » dérange l’ensemble ?

Parce que cette présence dérange, presque nécessairement. Elle crée une rupture dans la chaîne tayloriste scolaire qui nécessite l’uniformité des pratiques, elle crée une rupture des habitus des objets de cette chaîne (les élèves), habitus tout aussi nécessaires à son fonctionnement. Et surtout elle va devenir dangereuse si les parents se mettent à l’apprécier parce qu’alors l’appréciation risque de signifier désapprobation des autres pratiques.

Dans toutes les « affaires » (2) que j’ai suivies et décortiquées, sans aucune exception, il y a l’ingrédient d’un ou plusieurs collègues qui ont savonné la planche quand ce n’était pas jeter de l’huile sur le feu. Pas ouvertement, bien sûr. Par les petites phrases « votre enfant est en retard mais il n’a pas fait le programme l’an passé », par les silences qui en disent long, les « je ne peux rien dire, c’est un collègue », les sous-entendus innocents, et parfois plus ostensiblement dans les conversations privées avec les parents contestataires allant jusqu’aux « conseils » bien intentionnés « Ecrivez à l’inspecteur mais ne dites pas que c’est moi ». C’est encore plus accentué dans les RPI (Regroupements Pédagogiques Intercommunaux) où il est plus facile de se dédouaner sur le collègue précédent de l’autre village et où il n’y a aucun risque de le côtoyer à la récré ou dans la salle des profs (3). Ceci est un fait… soigneusement occulté.

Mais, paradoxalement, je comprends ces attitudes. Comprendre n’est pas excuser. Pratiquement tous les enseignants sont de plus en plus fragilisés. Les certitudes sur lesquelles ils s’assoyaient s’effritent, les demandes de l’Institution ou des parents deviennent plus pressantes, souvent contradictoires. Les fameux « résultats » et leur culte ne remontent pas plus que ne diminue la courbe du chômage. Faire bloc dans l’uniformité des pratiques, c’est aussi s’auto-protéger individuellement. La pédagogie ? Il n’y en a qu’une et c’est la même pour tous, ce qui procure une relative tranquillité, les causes de l’échec de l’école pouvant être externalisées.

Il est rarissime, dans la cour de récré, dans les salles de profs et même dans les réunions, que les enseignants parlent entre eux de pédagogie, de leur pédagogie. C’est dire quelles craintes cela suscite. Bonjour les équipes éducatives ! Que chacun se débrouille et ne fasse pas de vagues qui gêneraient les autres. A l’époque où il y avait des classes de perfectionnement ou de transition, il était courant que les inspecteurs pour débarrasser une école d’un trublion l’incitent très fortement à demander ces classes : « Là, vous ne gênerez personne ! ». C’est encore le cas avec les SEGPA.

Alors ? Alors, au moins dans l’immédiat, il serait temps que l’Institution elle-même admette officiellement et publiquement, même sans trancher, qu’il y a bien deux approches différentes, voire opposées, de l’acte éducatif. Il serait temps que ces deux approches fassent l’objet d’analyses dans la formation, deviennent même le point central de cette formation. Admettons qu’elles puissent encore se discuter (mais cela ne pourra se faire ad vitam eternam) et déterminer un choix professionnel. Il serait temps alors que les projets d’école deviennent des projets éducatifs permettant la constitution d’équipes éducatives basées sur des conceptions pédagogiques clairement affirmées et que ces projets puissent être pérennes, c’est-à-dire que l’obtention d’un poste dans une école soit impérativement liée à son acceptation.

Oui ! Mais ! Oui, mais simultanément il faudra bien que les parents aient alors eux aussi le choix. Pour l’avoir, d’une part il faudra que tout établissement explicite sa conception pédagogique et sa mise en œuvre, d’autre part… qu’il y ait les deux propositions tant qu’il y a encore divergence d’opinions. De la carte scolaire (qui est aussi celle des territoires socioculturels), on passerait à la carte scolaire des pédagogies dans un territoire (4).

Aïe ! Vous allez me dire « concurrence ! », « surtout pas dans le public ! », « vous faites le jeu des libéraux ! ». Je ne pense pas qu’il s’agisse de concurrence au sens habituel des résultats. Depuis longtemps il est bien apparu que les parents qui font le choix des pédagogies différentes ne le font pas dans leur grande majorité pour des « résultats » mais essentiellement pour l’épanouissement de leurs enfants. Il s’agit alors d’un choix délibérément citoyen. Ce n’est pas encore l’école du peuple ? D’accord, mais le peuple, pour une fois, pourra, devra s’interroger, penser.

Bernard COLLOT

(1) Extrait d’un commentaire du billet « un jour, peut-être la révolution »

(2) Les « affaires N » (voir dans questionsdeclasses) se multiplient, pratiquement identiques, avec les mêmes ingrédients, les mêmes potentats de l’administration.

(3) Dans les travaux de Françoise Oeuvrard sur les résultats scolaires (1990) si les classes uniques se trouvaient dans la partie supérieure de la fourchette nationale, les RPI, eux, se retrouvaient dans la partie inférieure. Cette partie du rapport avait été censurée sur l’ordre du ministère d’alors.

(4) La ville de Gand (Belgique) a une partie de ses écoles communales officiellement en pédagogie Freinet. Il est vrai qu’il y a des listes d’attente pour y mettre son enfant et que ce n’est pas pour cela que la ville en augmente le nombre, mais cette restriction est alors un choix politique (municipalité progressiste lors de cette instauration – 1986 -, de droite par la suite)

Par lesempecheursdenseignerenrang - Publié dans : Indignons nous !
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Jeudi 21 mars 2013 4 21 /03 /Mars /2013 15:39

       Gilbert Dalgalian participera à un débat-conférence le 11 avril 2013 à 20H à Ambazac pour parler de l’Ecole

                ________________________________

Gilbert Dalgalian : « Reconstruire l'éducation ou le désir d'apprendre »

Un autre statut de l'apprenant-e pour réhabiliter l'individu-e, la personne, la/le citoyen-ne en herbe

 En premier, je souhaite rappeler deux autres ouvrages. Celui de Jean Pierre Terrail : De l’oralité. Essai sur l’égalité des intelligences (La Dispute 2009) Ne pas accepter de ne pas comprendre, ne pas accepter de ne pas se faire comprendre | Entre les lignes entre les mots ; et celui du GRDS : L’école commune. Propositions pour une refonte du système éducatif(Editions La Dispute 2011) Tous les enfants disposent des ressources nécessaires à une entrée réussie dans la culture écrite | Entre les lignes entre les mots. Ces deux livres insistent, entre autres, sur les moyens intellectuels, les capacités d'apprentissage, de toutes/tous les enfants et propose pour le second un cadre d'encadrement cognitif efficace. C'est aussi le soubassement du livre de Gilbert Dalgalian.

 Au delà des points de convergences/divergences, les angles d'attaque n'étant pas similaires, je signale de suite une approche commune sur le rôle de l’erreur (qui n'est pas une faute sanctionnable) dans tout apprentissage. Par ailleurs, Gilbert Dalgalian traite d'un point aveugle du livre du GRDS :l’apprentissage des langues dites étrangères ; ses développements sont particulièrement intéressants, « Le monolinguisme scolaire, pratique dominante, n'est pas une option éducative, c'est un handicap idéologique ». Cependant, tous ces ouvrages négligent les rapports sociaux sexués (système de genre) et leurs effets. Si les différents auteurs prennent en compte les conditions sociales différenciées des enfants, cela ne saurait suffire à renverser la domination/oppression historiquement construite des hommes sur les femmes et les profonds marquages sexués. Ce qui implique, au moins, des réflexions/réponses sur les apprentissages, les organisations dans l’école et une formation adéquate des enseignant-e-s sur les effets de la construction sociale asymétrique entre fille et garçon et des moyens de les combattre. 

 Face aux contre-réformes néolibérales de l'éducation, « la seule opposition aux projets des pouvoirs en place ne peut pas suffire ». Le statu-quo, le maintien d'une école qui ne répond pas aux besoins du plus grand nombre, de toutes et tous, ne sauraient être une perspective d'avenir. « Toute position limitée à la défense des acquis révèle un déficit d'idées, une absence d'un désir de vrai changement ».

Pour Gilbert Dalgalian, il convient donc de « réfléchir aux finalités de l'éducation et aux notions neurobiologiques et psychosociologiques des apprentissages », de l’interaction nécessaire, « permanente et motivée – de chaque classe en particulier et du système éducatif dans son ensemble – avec l'environnement social, culturel et politique ».

 Je n'aborde que quelques points de cet ouvrage riche de discutions à développer.

 Autonomie, auto-construction, processus d'humanisation (« Les savoirs ne sont pas devenus secondaires : ils sont acquis dans une stratégie qui fait de l'éducation un processus d'humanisation »), quelque soit le point de départ, l'éducation est à la fois une possibilité liée à nos compétences d'être humain-e et une nécessité pour nous socialiser, pour nous développer.

Il s'appuie sur son expérience et sur les découvertes des neurosciences, mais pas, à juste titre, sur tout-e-s les neuro-scientifiques ou les biologistes (voir par exemple les inventions autour de la sexualisation du cerveau, Anne Fausto-Sterling : Corps en tous genres. La dualité des sexes à l’épreuve de la science. Apposer sur quelqu’un-e l’étiquette « homme » ou « femme » est une décision sociale | Entre les lignes entre les mots)

La plasticité de notre cerveau est importante « le cerveau humain continue de se construire au contact du monde » ou « des moyens d'apprendre et de mémoriser incommensurables avec ce que nous en faisons réellement ! ». Ses développements autour des langues me semblent notamment bien illustratifs de cette démarche. Il en va de même de l'apprentissage de l'écriture « Apprendre à lire n'est pas seulement une facilité propre à l'âge, c'est avant tout une curiosité née d'une compétence ».

 L'auteur montre, entre autres, que la gestion actuelle du temps, la discipline et les notations (l'évaluation actuelle« n'encourage pas l'élève, elle stigmatise son incompétence » ponctuelle pourrait-on ajouter. A l'inverse, « Il est temps de dégager les principes d'une évaluation permanente, qui renseigne l'élève plus qu'elle ne sanctionne, qui le soutient jusqu'à la réussite plus qu'elle ne le note, qui le guide plus qu'elle ne le juge ») sont contre-productives.

A l'inverse, il convient de favoriser le travail autonome « animer, guider, aider à la recherche, à l'auto-évaluation et l'autocorrection », ce qui implique un autre découpage journalier, et le respect de la liberté des élèves « La liberté érigée en valeur et non plus réprimé comme manifestation d’indiscipline, améliore les résultats ». Favoriser aussi les échanges, les travaux collectifs, les rapports aux autres lieux de socialisation. « L'échange et le partage, voilà des critères que notre évaluation traditionnelle ignore » alors qu'ils permettent de se percevoir comme un chaînon « d'une très longue chaîne de solidarités objectives ».

 Échanger, en somme, l'école consumériste, l'horizon unique de l'emploi, contre l'école du plaisir et de la construction de soi, « L'école anxiogène de consommation sous pression peut céder la place à une école du plaisir de construire soi-même son savoir ».

Contre les cours magistraux, l'auteur nous rappelle qu'« il faut expérimenter pour avancer », ce qui implique d'avoir le temps de cette expérimentation, ou que « on ne retient et n'assimile vraiment que ce qu'on a fait, produit, trouvé soit-même » ; contre le cloisonnement, que « la construction des savoirs et savoir-faire et l'évaluation de leur adéquation à la réalité ne peuvent pas se dispenser le moins du monde de la confrontation avec notre environnement ».

Plus largement, il insiste sur « Former signifie, en fin de compte, former à l’autonomie... », et lie « la construction d'un individu libre et l'intensification précoce du lien social »

 Gilbert Dalgalian consacre une partie de son ouvrage à celles et ceux que les processus de racialisation désignent comme Autres. Il souligne que ce que avons en commun est sans commune mesure avec les différences socialement construites, « ce que nous avons en commun est à la fois peu visible et pourtant le plus gros de l'iceberg », nous sommes les « variantes d'une même humanité » et que de plus « nos différences sont des réalisations particulières de potentialités universelles ». sans oublier que « je suis aussi un Autre pour l'Autre ».

Il analyse le « mélange explosif de la blessure identitaire et/ou de la dépréciation personnelle » et ajoute que « le mépris de l'autre se traduit toujours par un grave malentendu sur ses compétences réelles » et j'ajoute le refus de l'égalité des un-e-s et des autres.

 S'il prône l'utilisation des moyens techniques les plus modernes, il ne les fétichise pas et jette un regard lucide sur la télévision « La télé nous rend plus belle la vie, mais ce n'est pas notre vie, ce n'est plus vivre ».

 Sommaire

Avant-propos

Préface à la seconde édition

1. Au centre de l’éducation, les apprentissages !

2. Les profils d’élèves sont très divers

3. Comprendre n’est pas savoir

4. Il n’y a pas de savoir assimilé sans un vécu

5. Valider le savoir, c’est le partager

6. Acquérir des connaissances, c’est évaluer leur vérité

7. Les processus d’apprentissage changent avec l’âge et les priorités aussi

8. Processus et priorités après le seuil des sept ans

9. Maîtres et élèves ne sont pas égaux dans la communication: conséquences ? Remèdes ?

10. L’évaluation est le révélateur et le levier de tout système éducatif

11. Les enfants de migrants ont besoin d’un traitement culturel et linguistique différencié, mais non séparé

12. Penser l’avenir, c’est penser l’école

13. Changement social et renouveau pédagogique

 Une réédition fort bienvenue. « Ne te contente jamais du point de vue de l'autorité, vérifie toujours par toi-même ! »

 Du même auteur : Capitalisme à l'agonie. Quel avenir pour homo sapiens ? (L'Harmattan 2012) Pour faire un humain, il faut des humains | Entre les lignes entre les mots

 Gilbert Dalgalian : Reconstruire l'éducation ou le désir d'apprendre

Editions Syllepse Editions Syllepse, Institut de Recherches de la FSU, Paris 2012, 171 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/

Par lesempecheursdenseignerenrang - Publié dans : Actus
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